TIBALA

Chers amis de la liberté et de la souveraineté des peuples, La démocratie ne s'impose ni par la force, ni de l'étranger pas plus qu'elle ne s'achète ! Elle se construit pas à pas dans le respect des peuples et de leurs institutions souveraines. Mais courage, résistons et soutenons le souverainiste Laurent GBAGBO car son combat, c'est aussi le nôtre, celui de tous les citoyens libres et égaux en droit. Après avoir armé, formé, financé, renseigné et protégé les rebelles de OUATTARA depuis 2002, la France a imposé son poulain à la tête de la Côte d'Ivoire pour garder la mainmise sur les richesses de ce pays (pétrole, cacao, café,...). Elle participe activement à l'épuration ethnico-politique qui se poursuit dans l'indifférence coupable tant de la Communauté Internationale que des média et des partis de gouvernement.

lundi 14 octobre 2013

L'INVERSION DE LA VICTIME ET DU BOURREAU


Maho GLOFIEHI ci-dessus en compagnie de BLE GOUDE a été arbitrairement détenu en dehors de toute procédure judiciaire jusqu'à sa récente remise en liberté provisoire (en décembre 2012 juste après le verdict inique de la Cour d'Assises dans l'affaire MAHE/LICORNE).

Voilà ce à quoi sont exposés les opposants au régime liberticide que la FRANCE soutient après l'avoir installé par la force, notamment avec l'aide de la LICORNE dite force impartiale.
Maho GLOFIEHI ci-dessus maltraité a été cité par PONCET lors de son témoignage au procès d'Assises comme "un chef milicien mafieux et sanguinaire". 
MAIS QUI EST SANGUINAIRE ICI ???

POLITIQUE
Guiglo : Maho Glofiéhi arrêté
Publié le mardi 6 decembre 2011   |  Le Patriote
Maho Glofiéhi, leader du Front de libération du grand-ouest (FLGO), ne respire plus l’air de la liberté. Hier, sous le coup de 9 heures, il a été arrêté par les éléments des FRCI. A l’annonce de son arrestation, les populations de la ville comme un seul homme se sont ruées vers le lieu de sa détention. Tous étaient animés d’une seule intention : le lyncher. Il a fallu une intervention des FRCI pour le sortir des griffes de la population. Il a alors été exfiltré et transporté à l’état-major à Abidjan. Ces populations lui reprochent de les avoir fait souffrir le martyre. Depuis la survenue de la crise le 19 septembre 2002, l’homme régnait en maître sur la ville de Guiglo. Ses hommes s’étaient tristement illustrés contre tous ceux qui n’étaient pas de leur bord ou qui étaient soupçonnés de coopérer avec l’ennemi ». Blé Guirao ne dira pas le contraire. En partance pour Blolequin, il était tombé dans un guet-apens des hommes de Maho. Il n’a eu la vie sauve qu’après l’intervention de certains cadres de la région. Avec l’accalmie après l’accord de Ouagadougou, l’homme s’était assagi avant de revenir au devant de la scène avec la crise postélectorale. Il serait l’un des chefs des miliciens qui ont semé la mort et la désolation à Yopougon. Selon plusieurs sources, son QG serait à l’hôtel le Mont Blanc de Yopougon. Les environs de cet hôtel ont été le théâtre d’intenses combats entre les miliciens de Gbagbo et les FRCI. Les impacts de balles sur les murs de l’hôtel et les maisons environnantes sont encore là pour servir de témoin. 
TL
Aké N’Gbo, Dallo, Adjobi, Maho…: Les dessous de leur liberation
·         Politique
·         Publié le 21 décembre 2012 à 6:35
Pr Aké N’Gbo, ex Premier ministre, Désiré Dallo, ex- Dg du Port de San Pedro, Christine Adjobi, ex-ministre de la Lutte contre le Sida, Gnahoua Zibraby Norbert, journaliste, Mahan Gahé, président de la centrale syndicale Dignité, Maho Glophiéhi, ex-chef de milices, le commandant Koua Kouakou, ex-aide de camp de Laurent Gbagbo, et Jean-Jacques Béchio, se son vus accorder hier jeudi, la liberté provisoire.
Interpellés dès la chute de leur leader, Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, et gardés en détention depuis plus de 18 mois dans des prisons au nord du pays, ces cadres de La majorité présidentielle (Lmp), vont pouvoir passer les fêtes de fin d’année en famille. Pour beaucoup d’observateurs de la vie politique ivoirienne, ces mises en liberté, fussent-elles provisoires, s’inscrivent dans l’esprit de la réconciliation nationale. Même si, selon le communiqué officiel, ces personnalités avaient introduits une demande dans ce sens auprès des autorités judiciaires. Car à l’évidence, ces personnalités, à l’exception de l’ex-chef de milices, Maho Glophiéhi, sont moins cités dans la préparation et l’exécution des graves exactions commises par les pro Gbagbo, lors des évènements post crise électorale de 2011.
T.Guy

Les chiens de garde de la Francivoire


Je saisis l'annonce de la conférence de rentrée d'Achille MBEMBE qui aura lieu le 16 octobre à PARIS à l'occasion de la parution de son ouvrage :"Critique de la raison nègre" (plus d'infos sur : http://geoffroydelagasnerie.com/seminaire/pour dénoncer tant les contradictions que les errements de ceux qui ont soutenu et continuent de soutenir l'intervention de la FRANCE en CÔTE D'IVOIRE. 

C'est peu dire que j'admire l'Achille MBEMBE des années 80, des "Afriques indociles" ou encore des "comptoirs de l'esclavage" du Monde Diplomatique en passant par tant d'autres de ses contributions, mais le même qui a cautionné la pseudo-victoire de OUATTARA en reprochant à Laurent GBAGBO de ne pas avoir reconnu sa soi-disant défaite me pose problème. Je vous renvoie à son article interview de mars 2011 où il "lâche" Laurent GBAGBO  : 
http://www.rfi.fr/afrique/20110325-achille-mbembe-C%C3%B4te-d'Ivoire-Gbagbo-Ouattara
après avoir coécrit deux mois plus tôt avec Célestin MONGA: 
http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2011/01/26/achille-mbembe-et-celestin-monga-prennent-position-sur-la-co.html.

Que s'est-il passé entre temps : une crise d'amnésie ? Un début de syndrome de STOCKOLM ? Un investissement spéculatif ? Si quelqu'un pouvait nous éclairer, il serait le bienvenu  (je n'ose pas attendre d'un intellectuel si prisé, si reconnu et adulé qu'il s'abaisse à nous répondre, nous les militants invisibles, inodores et incolores de la lutte qui n'avons pas droit de cité sur les médias occidentaux bienpensants ).

Bravo et merci  à tous nos amis qui publient des articles édifiants sur d’autres proies du système néocolonial (Madagascar, Centrafrique, Mali, Niger, RDC, Congo, Burkina Faso, Gabon, Togo,…). Mais comme le faisait remarquer judicieusement une amie militante, il serait malhonnête d’intervenir sur des sujets que nous ne maîtrisons pas. Donc, souffrez que nous nous attachions à ne verser au débat que des contributions que nous sommes en mesure de défendre.

Je me permets donc un petit éclairage un des plus farouches partisans et bénéficiaire direct de l'intervention française en CÔTE D’IVOIRE, j'ai nommé Jean-Marc SIMON, ancien ambassadeur de FRANCE. Ce "bon" père de famille pseudo défenseur des valeurs humanistes de ladite patrie des Droits de l'Homme a été élevé au rang de Commandeur de la Légion d’Honneur ivoirienne en août 2011 (dans un esprit d’égalité impérialiste, CARTER III ambassadeur des EU a eu droit au même traitement). Que lui vaut cet honneur ? Au choix :

- Sa complicité dans l’installation et le maintien au pouvoir de dirigeants africains corrompus et serviles ?

- sa participation à la proclamation des résultats hors délais par le seul BAKAYOKO, Pdt de la Commission Electorale Indépendante  en dépit de la règle adoptée de la proclamation à l'unanimité, qui plus est à l'Hôtel du GOLF, QG du candidat OUATTARA ?

- Sa médiation lors du pilonnage et du gazage de la Résidence Présidentielle pendant plus d’une semaine, notamment son rôle déterminant lors de l’arrestation du Président GBAGBO, de ses proches et fidèles collaborateurs ? « C’est la France qui a fait le travail » dixit Laurent GBAGBO ou comment comprendre autrement cette photo des soldats français arborant les insignes de la République de CÔTE D’IVOIRE qui se trouvaient dans la résidence présidentielle le 11 avril 2011 ? (http://contrepoids-infos.blogspot.fr/2013/09/blog-post.html)

- Ou bien a-t-il été décoré en récompense de l’assassinat de Désiré TAGRO ancien Ministre de l’Intérieur avec lequel il est le dernier à avoir discuté, avant que ce dernier ne prenne une balle dans la bouche alors qu’il était sorti de la Résidence un drapeau blanc à la main ? (http://www.legrigriinternational.com/article-l-ambassadeur-de-france-doit-s-expliquer-sur-les-circonstances-de-l-assassinat-du-ministre-de-sire-tagro-communique-71777874.html)

- Doit-on encore y voir un retour sur investissement avec la Présidence d’une nouvelle société B to B « Eurafrique-Stratégies » spécialisée dans la médiation et le conseil entre milieux d’affaires et dirigeants politiques créée en mai 2012, soit à peine un mois après sont départ de CÔTE D’IVOIRE en tant qu’ambassadeur ? (sur cette page 2 du site de ladite entreprise, on peut le voir en train de saluer chaleureusement OUATTARA, BONGO et BOZIZE, un bel aveu de neutralité et d’objectivité s’il en est ! http://www.eurafrique-strategies.com/qui-sommes-nous/)

Liens vers plus d’infos sur le Sieur SIMON :

En attendant, pour revenir à nos échanges sur des listes de diffusion réputées anticolonialsites à tort ou à raison, nous apprécierions que les uns et les autres cessent de nous instrumentaliser à des fins souvent inavouées et inavouables. Quel(s) but(s) poursuivent ceux qui cherchent à redorer le blason des pro-OUATTARA en alléguant qu’ils seraient dans la même situation que les pro-GBAGBO aujourd’hui, en n’apportant jamais aucune preuve des prétendues exactions subies par les premiers ?

Qu’il y ait eu des victimes dans les 2 camps, qui oserait le nier… Mais  accuser le camp Gbagbo d’être responsable de la crise postélectorale en omettant de parler du premier coup d’Etat de 1999, de celui de 2002 appuyé par la France, de la partition du pays qui s’en est suivie et de ses dizaine de milliers de morts jusqu’à la crise qui se poursuit aujourd’hui, c’est un peu comme si on avait jugé et condamné les Résistants de la deuxième guerre mondiale pour les 200 à 400 000 morts de l’épuration sauvage en lieu et place des dignitaires de l’Allemagne nazie et autres collabos (toutes proportions gardées bien entendu).

Des conversations internes à certains mouvements nous sont malencontreusement parvenues. Je fus personnellement effarée de constater que la faible empathie à notre endroit tenait à des appréciations pour le moins superficielles. En effet, que nous importe que l’on aime ou non les discours de Laurent GBAGBO, que ce dernier soit ou non votre « tasse de thé » (réponse d’un responsable de mouvement qui se reconnaîtra à notre interpellation en public sur l’absence de certains mouvements historiques anticolonialistes à nos côtés) ?

Qui a gagné les élections de 2010 ? Qui est le président régulièrement investi par le Conseil Constitutionnel ? Qui a endeuillé et continue d’endeuiller la CÔTE D’IVOIRE en prônant le rattrapage ethnique et en gouvernant par la Terreur ? Voilà à notre sens les lignes de clivage qui font sens. Car, sauf à s’inspirer du paternalisme nauséabond qui gangrène les relations Nord-Sud, c’est au peuple ivoirien de choisir ses dirigeants et de disposer de lui-même. Ni la Communauté Internationale, ni le plus savant de nos experts, fut-il altermondialiste jusqu’au bout des doigts de pied, n’a vocation à présider aux destinées des peuples africains qu’il prétend défendre.

Le peuple ivoirien se reconnaît dans le Président Laurent GBAGBO parce qu’il a toujours respecté les institutions et prôné le dialogue quand d’autres ont choisi d’accéder et de se maintenir au pouvoir par la force.

Et s’il est vrai que le pouvoir corrompt, alors seuls des contre-pouvoirs forts peuvent empêcher l’instauration d’une dictature. Et je mets au défi quiconque d’apporter des preuves concernant les atteintes aux libertés fondamentales sous GBAGBO qui ferait de lui le dictateur que les médias occidentaux se plaisent à décrier (de moins en moins fort, il est vrai compte tenu de la vérité qui commence à se faire jour).


Pour poursuivre mon propos sur Jean-Marc SIMON et proposer une action constructive pour mettre fin au "règne de ce mercenaire de la politique françafricaine :
Je me permets d'attirer à nouveau votre attention sur la collusion entre les présidents-valets et les chiens de garde de la Françafrique à travers le cas Jean-Marc SIMON, ex-ambassadeur de FRANCE en CÔTE D'IVOIRE,  au GABON et en CENTRAFRIQUE qui, après avoir tant officié pour contrer toute tentative de remise en cause des intérêts politicofinanciers hexagonaux, a créé sa propre société de Business conseil = "Eurafrique Stratégies" (en mettant en avant ses relations privilégiées avec OUATTARA, BONGO et BOZIZE (http://www.eurafrique-strategies.com/qui-sommes-nous/) pour convaincre ses clients de faire affaire avec lui, clients  qui "par souci de confidentialité ne peuvent être rendus publics" précise-t-il même sur la page "Nos références" de son site (http://www.eurafrique-strategies.com/references/). Et si vous poursuivez la lecture de cette page, vous constatez qu'outre les entreprises de grands secteurs d'activités, les cibles privilégiées par Eurafrique Stratégies dont Jean-Marc SIMON est le Président fondateur sont les Etats  "qui souhaitent améliorer leur approche des réalités européennes ou africaines et être guidées dans leurs démarches auprès des milieux décisionnels par des conseils et des analyses.Cette partie de notre activité peut inclure  les médiations ou négociations politiques."
Rappelons le rôle de premier plan joué par de ce mercenaire de la diplomatie française dans l'installation de OUATTARA en CÔTE D'IVOIRE (où il a sévi de 2009 à 2012 en tant qu'ambassadeur, mais continue de sévir en tant que conseiller de OUATTARA) (http://blogs.mediapart.fr/blog/christine-tibala/270913/les-chiens-de-garde-de-la-francivoire). Rappelons encore son rôle d'ambassadeur français au GABON de 2003 à 2008 soit pendant la période trouble de la drôle d'élection de BONGO fils après les 40 ans de règne sans partage de feu BONGO père, pilier du système françafricain, sans oublier son rôle déterminant dans les graves troubles en CENTRAFRIQUE de 1996 à 2001 (cf son CV sur le lien suivant : http://www.eurafrique-strategies.com/qui-sommes-nous/curriculum-vitae/ qu'il n'hésite même pas à afficher tout pétri d'autosuffisance, de toute puissance et surtout verni d'un sentiment d'impunité qu'on pourrait difficilement lui enlever compte tenu des faits qui lui donnent pour l'instant raison).
Cependant en droit français :
L'entente fait l’objet d’une criminalisation générique en l’article 450-1 du code pénal, qui réprime l’association de malfaiteurs définie comme « tout groupement formé ou entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’un ou plusieurs crimes ou d’un ou plusieurs délits punis d’au moins cinq ans d’emprisonnement ». L’article 421-2-1 du code pénal aggrave encore les sanctions prévues quand il s'agit d'entente en vue de commettre des actes de terrorisme. (en savoir plus sur http://www.village-justice.com/articles/repression-entente-droit-penal,3356.html#O1QbyiAXZIJTX2P1.99)
Comment considérer cette société "Eurafrique Stratégies" créée et dirigée par Jean-Marc SIMON autrement que comme une véritable association de malfaiteurs, aggravée d'une entente en vue de commettre des actes terroristes au sens des articles 450 et 421-2-1 du code pénal précités ?
Il me vient une idée. Et si nous portions tous plainte contre cette véritable association  de malfaiteurs doublée d'une entente en vue de commettre des actes terroristes qui annonce officiellement son intention d'aider des apprentis-dictateurs à prendre le pouvoir par la force ou autres dictateurs patentés à s'y maintenir par la force ? (Je remercie les juristes militants avertis de nous renseigner sur la faisabilité d'une telle action citoyenne ainsi que sur les modalités pratiques de mise en oeuvre le cas échéant). 





dimanche 13 octobre 2013

Adèle DITO, un témoin exfiltré et acheté

15/04/2007 à 00:00
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Deux ans après les faits, l'affaire Firmin Mahé - du nom de ce présumé coupeur de route ivoirien mort étouffé le 13 mai 2005 entre les mains de soldats français de l'opération Licorne - demeure une « patate chaude » dont le ministère de la Défense aimerait se débarrasser au plus vite. Reste que l'enquête ouverte par le tribunal aux armées de Paris (TAP) a d'ores et déjà débouché sur cinq mises en examen, dont celles du général Poncet et du colonel Burgaud et que leur procès devrait s'ouvrir début 2008. C'est dans cette perspective que l'état-major français en Côte d'Ivoire a, selon nos informations, secrètement procédé en novembre 2006 à l'exfiltration vers la France d'une certaine Adèle Dito, maire adjointe de Bangolo (la préfecture d'où était originaire Firmin Mahé) et témoin à décharge potentiel en faveur des militaires.
Proche de l'adjudant-chef Raugel, l'un des mis en examen, accusé d'avoir lui-même enfilé un sac plastique sur la tête de la victime, Dito a en effet toujours soutenu que Firmin Mahé était un dangereux bandit de grand chemin. Une thèse contestée par la famille du défunt, mais qui présente l'avantage de relativiser la culpabilité des militaires, lesquels auraient en quelque sorte débarrassé la région d'un criminel. Réfugiée dans la région parisienne, Adèle Dito a déjà été auditionnée à deux reprises par la juge d'instruction du TAP, Florence Michon.
Autre petite manœuvre (à moins qu'il ne s'agisse d'une bizarrerie scientifique) : la querelle d'experts à propos du cas de Jacques Dahou, frère de Firmin Mahé et principal plaignant dans cette affaire contre les cinq militaires français. Prié de certifier le lien de parenté entre la victime et ce dernier, l'ingénieur Menut du laboratoire de police scientifique de Paris estime, dans un rapport en date du 16 janvier 2007, qu'« aucun ADN exploitable n'a pu être obtenu à partir des prélèvements réalisés sur les fragments d'os de Mahé ». Toute comparaison avec les prélèvements buccaux effectués sur Dahou étant donc impossible, cela pourrait avoir pour conséquence de débouter ce dernier et toute sa famille de leur demande de dommages et intérêts. Réalisée un mois plus tard à la demande de Me Fabien Ndoumou, avocat de la partie civile, par le professeur Doutremepuich, expert auprès des tribunaux, une contre-expertise conclut, à partir des mêmes éléments, à une « probabilité de fratrie de 99,86 % » ! J.A. a obtenu copie de ces deux rapports, sur la base desquels la juge Michon devra trancher.


ACTUALITÉ > MONDE > LE CORPS DE MAHÉ BIENTÔT EXHUMÉ

Le corps de Mahé bientôt exhumé

Publié le 24-01-2006 à 16h16
Par 

Des analyses ADN devraient être pratiquées mardi prochain sur le cadavre de l'Ivoirien tué par des soldats français en mai 2005.


Des soldats de l'opération Licorne en juin 2004 (Sipa)
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On a appris mardi 24 janvier de source judiciaire que le procureur militaire de Côte d'Ivoire, Ange Kessi, se rendra dans une semaine à Man (ouest) où aurait été enterré l'Ivoirien Firmin Mahé, tué par des soldats français de la force Licorne en mai 2005, pour assister à l'exhumation du corps.
"Je me rendrai mardi (31 janvier) à Man", a indiqué le capitaine de corvette Ange Kessi, commissaire du gouvernement, équivalent du procureur de la République.
La juge d'instruction française chargée de l'enquête en France a demandé à la justice ivoirienne de rechercher le corps de Firmin Mahé, a par ailleurs indiqué mardi à Paris une source proche de l'enquête. 

Avant les révélation du Monde

Dans le cadre d'une commission rogatoire internationale, Brigitte Raynaud, juge d'instruction au tribunal aux armées de Paris (TAP), a demandé au procureur militaire ivoirien Ange Kessi de localiser le corps de Firmin Mahé et de pratiquer des analyses ADN, a indiqué cette même source.
Brigitte Raynaud, chargée depuis le 17 octobre d'une enquête visant uniquement des faits d'"homicide volontaire", est également attendue à Man le 1er février, a affirmé le procureur ivoirien.
Ces opérations auront lieu en Côte d'Ivoire au nom de la justice française et le corps ne sera pas amené en France, a-t-on précisé.
La commission rogatoire est antérieure aux révélations du quotidien français Le Monde du 21 janvier, dont les envoyés spéciaux, se fondant notamment sur les indications d'un fossoyeur, ont localisé la tombe de Firmin Mahé au cimetière de Man (450 km au nord ouest d'Abidjan).

Autopsie et analyses ADN

Le procureur militaire ivoirien a précisé à Abidjan que des experts français désignés par Brigitte Raynaud "seront présents lors de ce déplacement", en ajoutant avoir eu lundi "une longue conversation téléphonique" avec la juge française.
Ange Kessi n'a pas précisé les circonstances exactes entourant l'exhumation du corps de Firmin Mahé, notamment un éventuel transport du corps vers Abidjan, mais a évoqué "une autopsie et des analyses ADN".
La ville de Man est située en zone sous contrôle de la rébellion des Forces Nouvelles (FN, qui contrôlent la partie nord du pays depuis septembre 2002).
Firmin Mahé, accusé par les soldats français d'exactions et violences envers les populations locales, est mort étouffé la tête sous un sac en plastique dans un véhicule blindé de l'armée française le 13 mai 2005 entre Bangolo et Man.
Cinq militaires, parmi lesquels le général Henri Poncet, ancien patron de l'Opération Licorne, ont été inculpés dans l'affaire du meurtre de ce civil qui a ébranlé l'armée française.

Identité

L'exhumation du corps localisé à Man devrait permettre de lever les doutes sur l'identité de la victime. La publication dans la presse française d'extraits d'un rapport de gendarmes français sur l'arrestation dans la région d'un certain Nestor Mahé, avait alimenté l'hypothèse d'une confusion sur le "coupeur de route" tué par les soldats français.
La France maintient 4.000 soldats en Côte d'Ivoire au sein de la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci) pour empêcher une reprise des violences dans ce pays coupé en deux depuis septembre 2002 par la rébellion des FN.


Côte d'Ivoire : sur la piste du véritable Firmin Mahé

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Franck Johannès et Jean-Philippe Rémy

 

En homme avisé, Isidore a inhumé le corps un peu à l'écart. Loin des fosses des premières victimes de la guerre, tuées il y a trois ans et si rapidement recouvertes au bulldozer que, du bout de la machette, il retourne une motte et dégage une cervicale. "Mahé, c'était un braqueur, explique le gardien du cimetière, il doit secoucher seul. On ne sait jamais, peut-être les enquêtes vont venir."
Qui était Firmin Mahé ? Un "coupeur de route", un bandit de grand chemin"recherché pour de nombreux crimes commis dans le secteur", comme l'assure le général Henri Bentégeat, chef d'état-major des armées françaises ? Le ministère de la défense lui attribue, sans hésiter, "5 morts, 9 blessés et 4 viols"entre le 3 avril et le 5 mai 2005, c'est-à-dire l'ensemble des crimes relevés dans la région dans cette période. En réalité, dans une région où les preuves manquent et les manipulations abondent, nul n'en sait rien. Les soldats français, relevés tous les quatre mois, n'ont ni le temps ni les moyens de percer les subtilités politiques des rivalités locales.
Les Français ne sont même pas sûrs d'avoir tué "le bon" Mahé. La thèse de la confusion avec un "homonyme", Nestor Komahé, du village de Gouégui, ne tient guère : c'est bien Firmin qui était visé. Nestor, que tout le monde connaissait sous le nom de Zas, a été arrêté la veille de la mort de Mahé. Il croupit depuis dans une geôle de Man, sans espoir de jugement — il n'y a plus de système judiciaire depuis longtemps dans la région.
La trace de Firmin Mahé commence à Dah, un village de 4 000 âmes à l'ouest de la Côte d'Ivoire. La route goudronnée grimpe de Duékoué, tenue par les forces loyalistes au Sud, traverse la "zone de confiance" contrôlée par l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) et surtout les militaires français de la force "Licorne". Elle file ensuite jusqu'à Man, entre les mains des ex-rebelles des Forces nouvelles, qui contrôlent la moitié nord du pays. Entre les deux, à hauteur de Bangolo, préfecture et épicentre local des combats, la piste s'enfonce de quelques kilomètres dans la brousse, vers Dah.
Célestin Doh et son frère Mathias se cramponnent dans une voiture fatiguée sur la piste défoncée, jusqu'à l'étang où trempent quelques arbres. C'est le Tohou, qui protège le village. "Eau sacrée, interdit de pêcher", prévient un panneau aimablement offert par le commandant de l'Onuci à Bangolo. Mathias descendparler en langue guéré aux poissons, pour qu'ils bénissent le passage. "Un jour les Yacoubas, des gens du Nord, sont venus attaquer le village, explique Célestin, ils ont pris de l'eau et se sont endormis. Les guerriers guérés ont pu les tuer. C'est la vérité, même l'ONU l'a reconnu."
Célestin et Mathias sont cousins de Mahé, ils vivent à Abidjan. Célestin a réussi. Il a 30 ans, prépare une thèse de sociologie, il est surtout sous-brigadier des douanes à l'aéroport. Il envisage sérieusement d'acheter un 4 × 4 et veille sur sa carte professionnelle qui vaut tous les sésames aux barrages routiers.
Mahé avait probablement 29 ans lorsqu'il a été tué. Les certitudes manquent : le toit du bureau de l'état-civil, à la mairie de Bangolo, a été détruit par les rebelles et ce qui reste de documents a été lessivé par les pluies. Sa mère, Makoula Gahou est morte en 1978, son père, Gaston Sylla Dahou en 1985. Il avait trois soeurs — Joséphine, Yvonne et Eglantine — et deux frères, Guy Maurice Dahou, mort "en 2002 ou 2003", et Jacques Dahou, 41 ans.
Le vrai nom de Mahé était donc Firmin Dahou. "Mahé", patronyme courant dans la région, était son "nom proverbial", le seul usuel, qui, en guéré, signifie "tu verras", ou "as-tu oublié ?" — sous-entendu, "oublié la tradition" ; ce qu'à Dieu ne plaise. Firmin a été élevé par une parente jusque vers 15 ans dans un village voisin, Béoué, avant de rejoindre son frère Jacques à Abidjan, en 1991 ou 1992.
Dans la métropole lagunaire qui vivait alors ses dernières années fastes, Jacques a monté un petit atelier de plomberie dans le quartier populaire de Koumassi. Atelier est un grand mot : un coin de trottoir poussiéreux, une sacoche pour les réparations, quelques restes de chasse d'eau en plastique pour bien fixer la nature du commerce. Comme tant d'autres, attiré par les gratte-ciel d'Abidjan, Mahé vivote.
Il s'est mis en ménage à Port-Bouët, près de l'aéroport, avec Sylvie Laho, une jolie femme de 32 ans rencontrée à Dah en 1990, et dont il a eu un petit garçon, Gaël, le 30 août 2004. Il rentre régulièrement à Béoué, dans l'Ouest, où il entretient un second ménage avec Edith Zahédié, 22 ans, qui lui a donné une fille, Epiphanie, 6 ans. "Mahé me disait qu'il retournait au village cultiver son champ de riz, explique Sylvie, à Abidjan. Moi je restais là, l'enfant était trop petit." "Je lui disais : il fautquitter Abidjan, indique Edith à Béoué, il n'y a rien là-bas."
Puis la guerre est arrivée, en septembre 2002. Un groupe de militaires, discrètement appuyés par le Burkina Faso voisin, tente de renverser le président Laurent Gbagbo.
La tentative échoue, les mutins se font rebelles et prennent le contrôle de la moitié nord du pays. "Tous les villageois avaient fui Bangolo, se souvient Célestin, et s'étaient réfugiés à Dah, dont la force mystique est reconnue." Les rebelles passent au village le 1er févier 2003, reviennent le 22 mars, et laissent derrière eux 48 morts, dont un cousin de Célestin.
Le chef du village, Bernard Kpaézo, mort depuis, réunit les jeunes du village et créé un groupe d'autodéfense, avec une quarantaine de machettes et quelques fusils calibre 12, l'arme de chasse traditionnelle. Le groupe est pompeusement baptisé Force d'intervention rapide de Dah (FIRD) et commandé par un oncle de Mahé, Prince Dié, promu général. Chacun hérite d'un badge dûment tamponné par le chef du village, et d'un slogan, "Vigilance-Rigueur-Efficacité".
En cette période troublée où les miliciens du Liberia voisin se sont joints à la guerre civile ivoirienne dans l'Ouest, où chaque camp se livre à des massacres, l'émergence de petites structures locales de défense est, dans un premier temps, considérée avec bienveillance par les forces étrangères, qui tentent de ramenerun semblant de calme — troupes françaises et africaines d'une force d'interposition régionale. Selon les habitants de Dah, les soldats distribuent quelques treillis et des rangers. Prince Dié a toujours une lampe frontale offerte, avec quelques conseils, par un certain "adjudant Dieu" de Licorne.
Le bilan des affrontements à Dah est modeste. Mais la région vit dans la terreur et la hantise de l'infiltration, chacun soupçonne son voisin d'être un espion. Les Forces nouvelles ont été repoussées jusqu'à Man, mais les bandes armées pullulent. La création d'une "zone de confiance" entre le Nord et le Sud, où patrouillent les "forces impartiales", ne parvient pas à ramener le calme. La région cumule toutes les violences, des communautés qui vivaient en paix avant la guerre sont désormais à couteaux tirés. D'un côté, les Dioulas, du Nord, qui forment avec des Ivoiriens venus d'autres régions, des Burkinabés et des Maliens parfois installés de longue date en Côte d'Ivoire, la vaste masse des "allogènes", selon la terminologie empoisonnée du pays. De l'autre, les "autochtones", qui accusent aujourd'hui les nouveaux venus de piller leurs terres. Avec la guerre, chaque communauté est supposée avoir choisi son camp, présidentiel pour les "autochtones", notamment le groupe guéré de Mahé, rebelles pour les "allogènes".
Dans la "zone de confiance", les haines bouillonnent d'autant plus que l'argent excite les convoitises. La région est riche de son "or brun", le cacao, que les acheteurs, à bord de petits camions, vont chercher au fond de la brousse poursortir les fèves du pays, en direction de Man ou de Duekoué. Les sommes transportées par les acheteurs ont toujours tenté les braqueurs. Les alentours de Bangolo, grosse zone de production cacaoyère et berceau de Firmin Mahé, sont réputées abriter de nombreux "coupeurs de route". A la faveur de la guerre, l'ancien plombier est devenu membre de la galaxie des "patriotes", les fidèles du président Gbagbo. Le cousin Célestin lui-même est un proche de Charles Blé Goudé, "général de la jeunesse" et leader des jeunes patriotes. Cela n'en fait pas un bandit mais, comme le remarque Célestin, "Mahé avait reconnu des Dioulas pendant les attaques rebelles qui sont revenus comme commerçants. Il réglait leur compte à tous ceux qui avaient attaqué son village".
En avril 2005, les transporteurs n'en peuvent plus. "Les bandits sont à Bangolo, ils repèrent les camions et tuent les chauffeurs, jure l'un de leurs responsables à Man. C'est le gouvernement qui tue ici, en utilisant les 'patriotes'. En 'zone de confiance', ce sont les Guérés." Les villageois guérés jurent au contraire que les commerçants dioulas sont des agents des rebelles qui tentent de mettre la main sur le cacao. La crise est telle, au printemps 2005, que les transporteurs observent trois semaines de grève, jusqu'à ce que les militaires de Licorne escortent les convois.
Pour les Français, les coupeurs de route sont devenus une priorité. Trois d'entre eux ont été arrêtés, conduits chez le procureur de Daloa, qui les a relâchés. "Il faut en buter un, après ça ira mieux", reconnaît avoir dit le colonel Eric Burgaud, patron de Licorne à Man. Il charge l'adjudant-chef Guy Raugel, de Bangolo, de régler la question. Le colonel n'a jamais entendu parler de Mahé, l'adjudant-chef, si. "C'était un fou sanguinaire, indique le sous-officier au juge, il avait commis les pires choses."
Guy Raugel s'appuie essentiellement sur une source, Adèle Dito, troisième adjointe au maire de Bangolo, qui gère la municipalité en l'absence de l'élu réfugié à Abidjan. "Mahé était le chef de tous les groupes de coupeurs de route de la région, maintient Mme Dito, qui s'inquiète pour sa sécurité. Il n'a jamais vu un champ de riz, il ne vivait que du banditisme." L'un de ses adjoints assure qu'"avant la guerre ils ont violé des femmes de gendarmes". Ils auraient aussi, il y a quelques semaines, "dépouillé, taillé un jeune homme de Béoué et sucé son sang". Du coup, la mairie de Bangolo a relevé sur un cahier les noms des suspects et les a livrés aux Français. "Les forces impartiales viennent, explique un adjoint, on leur donne des informations précises, et ils s'en vont patrouiller. Nous sommes comme des indicateurs, on les met sur la voie pour que la sécurité revienne."
Evidemment, les preuves manquent. Adèle Dito reconnaît n'avoir jamais vu Mahé. Au contraire de son adjoint, qui a quelque raison de lui en vouloir. Quand les rebelles ont pris Bangolo, en 2003, un homme de la région, Francis Bahiet, en a profité pour occuper la mairie, rétablir un semblant de légalité et percevoirquelques taxes municipales. Il était alors accompagné de Mahé, mi-bras droit, mi-garde du corps. Mais quand les Français, en octobre 2003, ont repris la ville, l'ancienne équipe municipale, et notamment Adèle Dito, a voulu récupérer son poste. Les deux groupes en sont venus aux mains. Mme Dito, appuyée par les Français, a finalement récupéré son siège. Mais elle avait une bonne raison de sedébarrasser du clan Mahé.
Le 13 juin 2005, Firmin qui a dormi avec sa compagne Edith à Béoué, marche sur la route avec elle et un petit cousin, Clément Gnéné, 16 ans, vers le marché de Guéyéni, pour acheter du poisson. Une patrouille de Licorne les double, quelqu'un crie : "C'est lui, Mahé !" On lui demande de monter, il se jette dans les taillis, un maréchal des logis tire une rafale, le blesse à la jambe. Les recherches, appuyées par deux hélicoptères, ne donnent rien. Dans la soirée, une patrouille ramasse Mahé en sang sur le bord de la route et le conduit, sur le capot d'une Jeep, jusqu'à Bangolo.
A l'infirmerie, Mahé, à demi-inconscient, essaie de mordre l'infirmière qui découpe son pantalon. Des soldats français le passent à tabac. Puis le colonel Burgaud demande à l'adjudant-chef Raugel de conduire le blessé à Man, "en prenant bien son temps". Guy Raugel demande si le prisonnier doit arriver mort. "Vous m'avez bien compris", répond le colonel. Dans le véhicule blindé, l'adjudant enfile un sac plastique sur la tête de Mahé, qui a les mains ligotées dans le dos, et scotche le sac avec du chatterton. "Mahé s'est étiré brusquement au point de buter contre le siège avant, a raconté Guy Raugel au juge, après, ça s'est arrêté d'un coup." A Man, le colonel Burgaud est "effondré" par le mode opératoire, il aurait préféré une bonne tentative d'évasion. Mais, "à l'infirmerie, j'ai vu le mort arriver et c'était ce qui était idéalement prévu", convient le chef de corps.
Le médecin-chef, mis dans la confidence, évite soigneusement de signer le certificat de décès. Le corps, placé dans un sac en plastique noir à fermeture à glissière, est déposé dans la nuit devant la morgue de l'hôpital de Man, qui le met au frigo. Il y reste un mois. Le temps que les Français produisent un étrange document dont il n'existe, semble-t-il, qu'un seul exemplaire.
"Après consultation des membres de la famille (...), il a été décidé par le conseil du village de Dah (...) que le dénommé Mahé n'aurait pas de funérailles dans son village et que, par conséquent, ni la famille ni les autorités ne veulent récupérer le corps du défunt." Le papier n'est signé que par deux personnes : l'adjudant-chef, qui tenait à rester discret, a évité d'apposer son paraphe. Adèle Dito a signé, avec le cachet de la mairie, à côté de la signature, en belle anglaise, de "Monsieur Gouhé Benoît, chef du village de Dah".
Plusieurs éléments laissent penser qu'il s'agit d'un faux. Le chef du village a bien vu l'adjudant-chef Raugel le 14 mai, — le militaire a eu l'estomac de venir le lendemain de l'assassinat —, mais pas un membre de la famille n'était présent. Guy Raugel, qui avait un indicateur à Dah, venait récupérer le kalachnikov du défunt. Le chef a répondu tout ignorer de l'arme. Le Français est revenu le jour suivant avec Mme Dito pour proposer de remettre le corps. Benoît Goué a refusé puisqu'il "n'est pas le parent". Le sous-officier est revenu une troisième fois avec une décharge, que le chef, devant témoins, a refusé de signer. Quelqu'un l'a fait pour lui, avec une faute à son nom. Benoît Goué ne sait d'ailleurs ni lire ni écrire et aurait obligatoirement mis le tampon du village sur un document aussi officiel qu'embarrassant.
Mahé était-il ou non un coupeur de route ? Son village assure qu'il n'en était rien, que les rebelles se sont débarrassés de lui en manipulant les Français. "S'ils voulaient l'interroger, explique son cousin Mathias, les Français n'avaient qu'àvenir au village. Il ne se cachait pas." Un certain "caporal Junior", de Licorne venait d'ailleurs souvent boire le vin de palme au village et connaissait tout le monde.
D'autres témoignages, cependant, jettent une ombre sur le défunt. Le 7 avril 2005, Frédéric Lion, dans un bus en route pour Man, est arrêté sur la grand-route juste avant Bangolo par un homme armé d'un calibre 12 à canon scié. Le reste de la bande, cachée sur le bas-côté, fait descendre la vingtaine de voyageurs. Frédéric Lion se fait rouer de coups et dépouiller de ses biens. Les bandits, qui parlent devioler les femmes, prennent la fuite en entendant un camion approcher. "Ce n'est que des mois plus tard que je suis tombé sur un article qui disait qu'un certain Mahé avait été tué par les Licorne, explique la victime. J'ai reconnu la photo de l'homme qui nous avait attaqués. Je ne suis pas content qu'on ait tué un homme en l'étouffant, mais de là à le présenter comme un combattant de la liberté, c'est indigne."
Beaucoup dans la région ne sont pas fâchés d'être débarrassés d'un coupeur de route, avéré ou pas. A Man, les ex-rebelles assurent avec satisfaction "ne riensavoir de l'affaire Mahé". Mais ils laissent prospérer un "comité de soutien au général Poncet", le chef de Licorne mis en examen le 13 décembre. "Nous ne comprenons pas qu'on vienne vilipender un général qui a neutralisé un criminel,assure Camara Daouda, dit "le Parigot", président du comité. S'il est condamné, nous allons contraindre par la force la France à quitter la Côte d'Ivoire. Pour nous, c'est une affaire politique."
"Le Parigot" a ses entrées chez les Forces nouvelles et des intérêts chez les transporteurs de cacao. Il n'y a guère que les militaires français qui doutent toujours qu'"il y ait des ramifications politiques dans cette malheureuse affaire".